
Pour survivre, les gnous ont besoin d’eau chaque jour, ainsi que d’herbe en abondance. Tant qu’ils en disposent, ils stationnent. Mais au fur et à mesure que s’installe la saison sèche, l’herbe des prairies commence à jaunir et les sources d’eau se tarissent. Les troupeaux ne peuvent pas attendre que la pluie revienne et ils doivent aller à sa rencontre. Personne ne sait précisemment comment les gnous possèdent cette faculté à détecter la pluie, et ce, même à des centaines de kilomètres d'eux. Quoi qu'il en soit, leur longue marche à travers la savane aride doit commencer pour les gnous, mais également pour les zèbres et de nombreuses espèces d'antilopes. C'est ainsi qu'en l'espace de seulement quelques jours, près de 2 millions de gnous, commandés par une ancêtre femelle obéissant à son instinct, se rassemblent et commencent une migration vers les plaines verdoyantes du Masaï Mara.

Lentement, défile un flot ininterrompu d'échines, de crinières, de cornes sombres. Sur 700 kilomètres, des millions de pattes foulent le sol, sur les mêmes pistes, les mêmes traces, avançant aveuglement les uns derrière les autres, tenaillés par la soif et la faim. Ce spectacle féérique prend toute sa dimension vu d'avion ou de montgolgière. Des zèbres suivent la migration au milieu des gnous, stratégie sans doute qui leur sert de bouclier contre les fauves aux aguets. Car Les gnous ne tardent pas à entrer sur le territoire des lions, qui les attendent, embusqués dans les hautes herbes. Les fauves se précipitent sur la horde qui, dans l’affolement, se disperse. Les léopards, les guépards, les lycaons et les hyènes s’en prennent aux traînards et à ceux qui s’écartent de la cohorte migrante. Dès qu’une proie succombe, les vautours apparaissent. Ils se disputent avidement les restes et ne laisseront qu’une carcasse, que le soleil africain achèvera de blanchir.

A ces drames, s'ajoute celui du franchissement de la rivière Mara, au débit gonflé par les pluies. En certains endroits l'eau coule au bord de rives d'accès facile. Mais c'est invariablement au même endroit, dangereusement escarpé par l'érosion, le ravinement étant incessant, que les gnous, stupidement, veulent traverser la rivière Mara à la nage. Suivant généralement un courageux gnou ou pressés par la masse, ils se précipitent en foule dans l'eau bouillonnante. Glissant, paniquant, tombant, ils poussent des meuglements déchirants. Beaucoup périssent étouffés, écrasés, noyés, ou même victimes de l'épuisement, à la grande satisfaction des crocodiles, vautours, varans, marabouts qui les attendent patiemment. Les charognards, gavés, abandonnent les cadavres à la pourriture.

Dans la grande plaine du Masaï mara, les semaines s'écoulent, septembre arrive, et le temps devient lourd et menaçant. Bientôt arrivent les pluies torrentielles, l'instinct des gnous se remet alors en marche, et il est déjà temps de repartir. Alors, va se déclencher le grand départ migratoire des gnous, en sens inverse, par le même chemin, avec les mêmes risques vers les plaines du Serengeti qui vont se recouvrir d'un vert miraculeux, synonyme de nourriture abondante pour les bovidés. Ainsi se renouvelle chaque année, un spectacle hallucinant et dramatique, une des dernières migrations de notre planète, au cours de laquelle 200 000 gnous périssent.